"Le diplôme reste un bouclier efficace malgré la crise" Le Monde 8/9/2010


La crise économique le démontre plus que jamais : le diplôme protège contre le chômage. Selon le rapport "Regards sur l'éducation 2010" de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), publié mardi 7 septembre, le taux de chômage des 15-29 ans ayant un faible niveau de formation (inférieur au baccalauréat) a progressé de 4,8 % dans les pays de l'OCDE, contre 1,7 % pour les diplômés de l'enseignement supérieur.










En revanche, l'écart persiste - en termes d'accès à l'emploi - entre jeunes nationaux et immigrés : 72 % pour les premiers, contre seulement 64 % pour les seconds.





L'année 2010, prédit l'organisation internationale, pourrait ne pas être catastrophique en matière d'emploi pour les jeunes, car un grand nombre d'entre eux a prudemment fait le choix de poursuivre ses études, plutôt que de tenter de se placer sur un marché de l'emploi très dégradé.



Le taux de scolarisation a ainsi augmenté de 0,5 % de 2008 à 2009 chez les 15-29 ans (à l'exception notable toutefois des Etats-Unis, du Japon, du Mexique, de la Corée du Sud, du Chili et du Luxembourg). La plus forte progression s'observe parmi les 15-19 ans, l'OCDE y voyant la preuve qu'il s'agit bien de poursuite et non de reprise d'études.


Rentable


Bénéfique pour les individus, l'éducation l'est aussi pour les Etats, puisqu'elle rapporte beaucoup plus qu'elle ne coûte. En moyenne au sein des pays de l'OCDE, un homme diplômé de l'enseignement supérieur "apportera 119 000 dollars (93 000 euros) de ressources fiscales supplémentaires (à travers l'impôt sur le revenu et les contributions sociales) tout au long de sa vie active par rapport à un individu qui n'a qu'un niveau d'enseignement secondaire", écrit l'OCDE. Une fois déduites les dépenses nécessaires à sa formation, il reste 66 000 euros, "soit près de trois fois le volume de l'investissement public consenti par étudiant de l'enseignement tertiaire".


Au niveau mondial, le besoin de diplômés ne ralentit guère et ce en dépit de l'augmentation continue de la population qualifiée : de 1995 à 2007, la proportion de diplômés dans une classe d'âge est passée de 20 % à 40 %. En 2007, 75 % des diplômés des pays de l'OCDE ont trouvé un emploi dans les premières années qui ont suivi l'obtention de leur diplôme, un pourcentage équivalent à celui de 2003, ce qui prouve que les offres d'emploi se maintiennent.


Dans certains pays, comme le Portugal, l'Allemagne, la Slovaquie ou l'Estonie, "la demande est tellement forte que les effets de la crise ont été très limités sur les jeunes diplômés", ajoute Eric Charbonnier, expert à l'OCDE.


Cet appel d'air en faveur d'une hausse du niveau d'éducation ne profite guère aux enseignants. L'OCDE, qui a comparé leurs rémunérations à celles des autres catégories de salariés, montre que les professeurs sont, à diplôme égal, moins bien payés partout dans le monde, sauf en Espagne.


Les dépenses d'éducation montrent d'ailleurs peu ou pas de variations. En moyenne, les pays de l'OCDE dépensent 5,7 % de leur produit intérieur brut (PIB) à l'éducation. Le Brésil suit la même cadence, tandis que la Chine et l'Inde y consacrent plus de 3 % de leurs dépenses nationales.



Brigitte Perucca


Article paru dans l'édition du 08.09.10.