Bonnes nouvelles !

Les étudiants en lettres commencent à intéresser les entreprises


LE MONDE | 17.10.09 | 14h28  •  Mis à jour le 17.10.09 | 14h29
















Augmentez la taille du texte

Diminuez la taille du texte
Imprimez cet article
Classez cet article

Les
chiffres, les littéraires aiment surtout les faire mentir. Alors que la
filière lettres était traditionnellement assimilée à une usine à
chômeurs, la voilà presque en modèle d'insertion.

Trois ans
après la fin d'une licence de lettres, 5 % des jeunes sont au chômage,
alors que ce pourcentage monte à 7 % pour la moyenne des licenciés,
selon une note emploi- formation du Centre d'études et de recherches
sur les qualifications (Céreq), à paraître le 19 octobre et intitulée De l'enseignement supérieur à l'emploi : voies rapides et chemins de traverse.
Cette donnée remet en perspective l'annonce présidentielle de
rénovation de la filière littéraire du lycée, qui ne forme plus en 2009
qu'un bachelier général sur cinq.



La
palette d'insertion de ces forts en thème est large. Au niveau licence,
les concours de la fonction publique sont le principal débouché. "62
% des licenciés en lettres réussissent un concours d'enseignement. Ils
ont même le meilleur taux de réussite de tous les licenciés"
,
rappelle Julien Calmand, un des auteurs de l'enquête. Les universités
ont aussi développé ces dernières années un nombre important de
licences pro, rendant les jeunes immédiatement opérationnels.

Pour les étudiants qui continuent au niveau master, "il
faut faire la différence entre ceux qui optent pour un master pro
(formation elle aussi pensée en terme de débouchés), qui auront 6 % de
risques de se retrouver au chômage, et ceux qui préfèrent la voie de la
recherche. 13 % des titulaires d'un master de recherche seront encore
au chômage trois ans après la fin de leurs études en lettres ou
sciences humaines, alors que le taux moyen est de 10 % à l'issue de ce
type de formation, toutes disciplines confondues"
, rappelle M.
Calmand. Des données assez optimistes, mais à moduler. Elles portent
sur un nombre réduit d'étudiants, puisque seuls 6,5 % d'entre eux sont
aujourd'hui inscrits en lettres.

Quelques bémols

De leur côté, les entreprises commencent à mesurer que les littéraires "se singularisent des étudiants des grandes écoles, et présentent une polyvalence intéressante",
rappelle Jacques Migozzi, président de la Conférence des doyens et
directeurs d'UFR lettres et sciences humaines. Certaines grandes
entreprises ont mis en place des filières d'embauche d'étudiants issus
de l'université, qu'elles recrutent à des postes d'ordinaire réservés
aux diplômés des écoles supérieures de commerce ou de management. Mais
elles restent marginales.

Aussi, plusieurs opérations font la
jonction entre ces deux mondes. Phénix réunit huit universités
parisiennes et neuf entreprises, dont Coca-Cola,
PriceWaterHouseCoopers, L'Oréal, Danone. Chacune sélectionne elle-même
ses candidats, mais Phénix (soutenu par le Medef) leur offre une
formation générale de base de 350 heures afin de les rendre
opérationnels. Les taux d'échec sont équivalents aux modes classiques
de recrutement.

Matthieu Bouchepillon a bénéficié de ce
recrutement. Titulaire d'un master en philosophie, il a commencé des
recherches sur Kant et la théorie de la connaissance, avant de se
laisser séduire par PriceWaterhouseCoopers, chez qui il est aujourd'hui
auditeur. "Ma trajectoire est atypique, mais j'ai été très bien
accueilli ici. Les qualités rédactionnelles que mon cursus m'a permis
d'acquérir m'ont
donné un vrai plus."

Une
autre opération, baptisée Elsa, est portée par le CNAM et Sciences Po
Paris. Elle promeut elle aussi des diplômés en lettres ou sciences
humaines. "A la fin de l'année, une trentaine d'entreprises auront pris des jeunes en contrat de professionnalisation", rapporte Audrène Eloit, chargée de mission sur ce projet. Air France, Veolia, Renault sont dans la liste. "Elsa est né du double constat que les entreprises ne savent pas toujours comment recruter des profils
atypiques, et que les CV d'étudiants d'universités restent trop souvent
au-dessous de la pile, car les jeunes ne sont pas immédiatement
opérationnels."

Quelques bémols s'imposent pourtant dans ce
paysage en mutation. Si le master permet en général d'accéder au statut
de cadre, les littéraires sont les plus mal lotis en la matière. Selon
le Céreq, en droit-économie et gestion, 64 % ont décroché ce statut
trois ans après leur sortie d'études, contre 57 % en sciences dures et
44 % en sciences humaines.


Maryline Baumard et Christian Bonrepaux

Article paru dans l'édition du 18.10.09.